STOP à la bien-pensance ! Et si on se libérait (enfin) de la pensée unique ?

« Comment ? Tu veux rencontrer cette association ? Cette personnalité politique ? Ce syndicat ? Mais tu ne peux pas faire ça ! Tu as vu ce qu’il a dit l’autre jour ? Comment peux-tu approuver cela ? ».

Lorsque je fais part de mon action, de mes projets, des rencontres que j’envisage de faire à certains de mes interlocuteurs, je me rends compte à quel point le chemin va être long pour changer les mentalités et les pratiques politiques en France.

Certains n’ont toujours pas compris ce qui s’est passé en mai 2017.

Certains n’ont toujours pas compris les raisons pour lesquelles les Français ont fait le choix de renverser la table lors des dernières élections.

Au-delà des traditionnels schémas politiques (gauche contre droite – droite contre gauche) qu’ils ont voulu faire voler en éclats, je suis convaincue qu’ils ont également marqué leur désaccord avec la bien-pensance ambiante : vous savez ? Cet art subtil qui consiste à essayer de faire croire à tous que l’opinion de quelques-uns serait – évidemment – majoritaire, et que montrer le moindre doute serait stupide, honteux, grave, voire vous rendrait suspect de toutes les collusions : extrémisme de droite ou de gauche, fascisme, conservatisme, racisme, homophobie, sexisme, (…)

J’espérais que l’électrochoc des élections 2017 allait faire enfin taire les bien-pensants de tout poil : que nenni ! Ils sont toujours là, n’ont toujours rien compris et continuent d’exprimer avec assurance leur opinion comme si c’était une évidence pour tous, et à clouer au pilori avec délectation tous ceux qui font mine de ne pas la partager.

Quelques exemples ?

  1. Idée saugrenue : je compte rencontrer chacun des différents candidats qui ont participé aux élections législatives sur ma circonscription, c’est-à-dire mes anciens « adversaires ».

Réaction entendue : « Comment ? Mais pourquoi faire ? Tu les as battus donc… Quel intérêt ? Et puis, tu ne vas tout de même pas rencontrer le Front National ? ».

Je tiens à rappeler que les hommes et les femmes qui ont candidaté aux dernières législatives ont su réunir autour de leur nom et de leur programme un certain nombre de voix lors des dernières élections (21% pour le Front National).

Chacun d’entre eux représente ainsi une partie des habitants de notre circonscription et de leurs opinions : il est donc parfaitement normal que je les entende et qu’ils puissent aussi me dire leur vision des difficultés et de l’avenir de notre territoire et de notre pays.

S’ils ont la courtoisie et le courage d’accepter cette invitation à débattre ensemble, c’est évidemment avec grand intérêt que je les rencontrerai.

J’ignore si nous tomberons d’accord sur tel ou tel sujet, mais je suis convaincue qu’ils m’aideront à mieux comprendre les raisons de nos désaccords, voire (pourquoi pas ?) à détecter des points de convergence possibles.

 

  1. Crime de lèse-majesté : j’accepte l’invitation à me rencontrer d’une association dite « pro-life ».

Réaction également entendue : « Tu ne te rends pas compte ! Ils sont proches de la Manif pour tous ! Comment peux-tu envisager de les rencontrer ? Tu devrais te méfier… ».

Alors que 2018 est l’année des États généraux de la bioéthique, alors que des sujets aussi fondamentaux que l’ouverture de la Procréation Médicalement Assistée aux couples de femmes (P.M.A.) ou encore l’accompagnement de la fin de vie vont être débattus, il ne faudrait rencontrer que ceux qui représentent le seul courant de pensée libéral ? Il faudrait s’enfermer dans une vision unique pour réfléchir sans contradicteur ?

Je souhaite écouter toutes les opinions d’où qu’elles viennent, sans exclusive ; cela évite à mon sens qu’on ne s’engouffre trop facilement dans des domaines qui peuvent vite nous échapper. Cela permet de mettre en lumière des points qu’on simplifie trop souvent de manière excessive.

OUI, pour moi, faire de la politique autrement, c’est sortir de sa zone de confort ; c’est être capable de se remettre en question ; c’est aller regarder là où les choses ne sont pas aussi simples qu’elles peuvent le paraître de prime abord, ou plutôt ne pas les voir uniquement telles qu’on veut bien nous les montrer.

Écouter chaque opinion, entendre tous les arguments, débattre sans a priori ni dogmatisme, avec le souci constant de bien comprendre toutes les facettes d’une problématique…

C’est ainsi que peuvent se mûrir des décisions justes, équilibrées, non partisanes.

 

HALTE à la bien-pensance !

Il faudrait finalement se conformer à l’opinion de la « majorité », adopter des prises de position consensuelles, penser « comme tout le monde ».

Ne pas penser, finalement ; surtout… ne pas réfléchir.

Trop souvent, l’opinion de la « majorité » n’est ainsi en réalité que celle qui s’exprime à voix haute.

Sur combien de sujets de trop nombreux Français n’osent même plus donner leur avis ?

Parce qu’ils ne sont pas « dans l’air du temps » ?

Parce qu’ils se font traiter de « réactionnaires », de « conservateurs », voire pire ?

Parce qu’ils craignent d’être mis à l’index d’une bien-pensance molle, mais vindicative ?

Parce que le débat d’idées a de plus en plus cédé la place à l’invective ?

Tout comme il est vrai qu’on a rarement raison tout seul, on ne détient pas forcément la vérité sous prétexte qu’on adhère au courant de pensée majoritaire : ce serait trop simple.

Il est finalement tellement plus pratique de suivre le conformisme ambiant.

Nier les extrêmes, balayer d’un revers de main tout ce qui ne va soi-disant pas dans le sens d’une évolution « normale » de la société et des « progrès » imposés comme tels.

Considérer comme archaïques ou conservateurs tous ceux qui osent dire du bout des lèvres qu’ils tiennent à certaines traditions ou à certaines valeurs…

Alors OUI : tout ce qui m’est présenté aujourd’hui comme évident me paraît immédiatement suspect. Tout ce que l’on veut m’imposer sans débat possible me laisse dubitative. Et je préfère de loin douter plutôt que de prendre les autoroutes de la pensée unique.

Nous avons la chance de pouvoir vivre dans une démocratie qui autorise le débat d’idées, de pouvoir nous confronter au quotidien à des concepts que nous ne maîtrisons pas, voire de pouvoir échanger autour d’idées et de notions qui nous sont étrangères.

C’est justement ce qu’a voulu faire germer Emmanuel Macron dans la sphère politique, en cessant de positionner des camps et des idées en face-à-face, mais en proposant au contraire à ceux qui l’acceptaient de réfléchir côte-à-côte sur les problématiques de notre pays…

C’est cette démarche que je souhaite appliquer dans tous les domaines. C’est cet entre-deux qui est intéressant. C’est lorsqu’on n’est plus certain que la nuance peut apparaître. C’est lorsqu’on accepte de ne pas catégoriser les uns ou les autres qu’on peut enfin s’écouter… et débattre.

Ce principe d’ouverture, réel et non feint, il libère ; bien plus, il pacifie et rassemble.

Par le passé, on a trop souvent voulu coller à chacun une étiquette ; on a trop souvent cherché à nous imposer un prêt-à-penser formaté et uniformisant, qui nous a enfermé et appauvri : ce conformisme prémâché qu’il nous fallait gober sans discuter. Au risque de nous asservir plutôt que de nous libérer.

À mon sens, l’action publique doit tendre vers un idéal d’universalité ; alors même que la bien-pensance nous fourvoie dans une impasse : elle empêche tout débat ; elle annihile toute réflexion ; elle porte en elle l’exclusion.

Il nous faut proposer une alternative à la pensée établie ; il nous faut cultiver cette ouverture d’esprit, cette curiosité, cette bienveillance à tout ce qui n’est pas nous ; il nous faut sortir des différents conditionnements qui tentent de s’imposer à nous et tuent notre liberté de pensée.

Ce qui fait la grandeur de l’homme, n’est-ce pas sa capacité à réfléchir par lui-même ? À douter, essayer, se tromper, se relever et recommencer ?

Notre liberté, que nous chérissons tant, ne révèle-t-elle pas toute sa grandeur dans notre capacité à (nous) questionner au-delà des chemins déjà tracés ?

Outre l’émulation intellectuelle, culturelle et sociétale qui en découle, ce sont les fondements mêmes de notre démocratie qui sont en jeu.

Ouvrons-nous à ce qui n’est pas nous.

Nous en ressortirons tous grandis.