Vœux pour l’année 2019

à Lissieu, le 24 janvier 2019.

Douce France, Chère France,

Si belle de tes paysages, de tes rivières et de tes montagnes,
Si fière de ton histoire, de tes conquêtes et de tes révolutions,
Patrie des droits de l’homme.

La tête haute, le regard fier.

Notre France dont l’histoire est parsemée de frondes et de victoires, d’affrontements et de réconciliations, de face-à-face et de côte à côte…

Notre France de cœur qui ne supporte pas, qui n’a jamais supporté l’injustice et s’est toujours rebellée face aux inégalités de naissance et de destin.

Notre France tellement fière qui sait si bien unir son peuple derrière ses couleurs, lorsque celles-ci éclatent à la face du monde !

Et comment parler de la France sans parler… des Français, du peuple de France ?

Aaahhh… Ton Peuple…

Fier et râleur, joyeux et bougon, parfois arrogant aux yeux de certains et pourtant lumière du monde lorsque les temps s’obscurcissent…

Ton peuple qui tient à toi passionnément. Ton peuple qui se réclame de toi.

Mais aussi ton peuple où, trop souvent, chacun brandit sa France… plutôt que notre France.
Ton peuple qui, face aux inégalités de ce monde, te réclame davantage de justice et de lois mais qui, sitôt qu’elles sont votées, voit trop souvent des individus les contourner.

Ton peuple qui, à raison, déteste les privilèges, mais où trop nombreux sont ceux qui profitent du moindre passe-droit.

Ton peuple qui veut tout transformer, mais dont la réticence au changement est grande dès lorsque celui-ci nous concerne…

Ton peuple qui ne se contente jamais des droits qu’il conquiert et en veut toujours davantage pour toujours plus d’égalité, mais dont certains oublient trop souvent les devoirs qui en découlent.

Cette France bariolée, ambitieuse, volontaire et passionnée.
Elle est unique notre France.

Elle est précieuse et nous l’aimons. Mais elle n’est pas seule au monde.
Elle évolue parmi d’autres, en Europe et dans le monde.

Elle commerce, elle échange, elle crée des alliances, elle conclut des partenariats, elle vend et elle achète,elle importe et elle s’exporte.

Avec l’avènement de l’Internet et des nouvelles technologies, elle a vu le monde évoluer autour d’elle à une vitesse de plus en plus folle.

Avec des opportunités nouvelles, bien sûr, mais dont elle n’a pas toujours su profiter, et aussi avec des risques, des dangers auxquels elle doit aujourd’hui faire face.

Et l’un des problèmes que nous voyons bien depuis 30 ans, c’est que nous sommes là, tiraillés d’un côté par ce monde dont l’économie se globalise et qui met notre pays en compétition avec d’autres, et tétanisés d’un autre côté par la crainte de perdre notre douce France, son rythme de vie, ses systèmes de solidarité qui ont si bien su porter depuis l’après-guerre notre modèle singulier et solidaire : avec l’assurance maladie, l’assurance chômage, l’assurance retraite…
Ces 30 dernières années, la France aurait pu se réformer petit à petit, progressivement, sans à-coups.

Mais c’est peut-être aussi l’une des caractéristiques de notre pays : nous sommes très conservateurs quand il s’agit de notre bonheur…

Nous sommes très suspicieux lorsque les décisions ne sont pas débattues.

Et globalement il faut bien l’avouer, nous sommes de façon générale assez rétifs à l’autorité… Pourtant, aujourd’hui, nous n’avons plus le choix ; tout le montre dans tous les domaines, les enjeux auxquels nous faisons face sont immenses : l’enjeu écologique, l’enjeu économique, l’enjeu de notre cohésion sociale…

Nous n’avons plus le droit de ne pas choisir.

Nous n’avons plus le droit de surtout ne rien changer.

Mais nous avons le devoir pour nous, pour nos enfants, de définir le nouveau modèle français qui nous permettra de faire face aux 30 prochaines années.

Alors quelle est-elle cette France que nous aimons ?
Quelle est cette France dans laquelle nous avons envie de nous retrouver demain?
Quelle est cette France que nous avons envie de construire ensemble pour nos enfants ?

Depuis plusieurs semaines, des citoyens se sont rendus sur nos ronds-points, dans nos rues, pour y exprimer une colère profonde.

Cette colère vient de loin. Elle vient de très loin.

Car ne l’oublions pas, mesdames et messieurs : si certains voudraient nous faire croire que la situation que nous vivons aujourd’hui est due à 18 mois de gouvernement, passez-moi l’expression : c’estprendre les Français pour des idiots !

La première révolution que nous avons connue, elle s’est passée en mai et en juin 2017 quand les français ont fait le choix de balayer 30 ans de clivages politiques stériles et d’élire un Président qui n’était pas issu des partis dits « traditionnels ».

Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit : parmi les décisions prises depuis, certaines n’ont sans doute pas été parfaites ; ou bien le tempo choisi n’était pas le bon.

Mais lorsque vous avez une France endettée comme jamais, lorsque notre modèle social est en péril, vous avez la responsabilité de ne pas fermer les yeux et d’agir. Vite. Très vite. Peut-être trop vite…

Aujourd’hui, des Français sont en colère. Certains l’expriment pacifiquement. D’autres sont davantage véhéments. D’autres encore commettent des actes inacceptables et injustifiables : ceux-là doivent être punis.

Je veux d’ailleurs en profiter ici pour exprimer ma profonde reconnaissance aux forces de l’ordre et aux pompiers dont nous avons ici des représentants qui œuvrent depuis des semaines sur des opérations difficiles, et ce pour la sécurité de nos vies. Merci. Merci à eux.

Dans ses expressions protéiformes et pacifiques, ce mouvement social dit finalement quelque chose de l’attachement de chacun à la France.

Napoléon, Corse d’origine, rappelons-le, nous disait : « Vous autres Français, vous êtes un peuple ingouvernable ! ».

Le Général de Gaulle quant à lui nous interrogeait en se demandant :
«Comment voulez-vousgouverner un pays qui a 246 variétés de fromage ?».

Et on doit l’avouer également : on est finalement assez fiers de cette réputation, sauf que… Quand nous ne parvenons plus à bâtir une vision de ce que nous voulons, quand nous avons le sentiment d’avoir perdu nos repères, quand nous ne marchons plus ensemble dans la même direction mais que nous agissons au contraire en ordre totalement dispersé…

Comment retrouver ce sentiment d’appartenance qui nous fait Peuple ?
Qui nous fait nation ? Qui nous fait France ?

Les images que vous avez vues en introduction de cette soirée témoignent de la France dans laquelle chacun de nous aime à se retrouver.

Ce sont des images qui nous rassemblent. Elles témoignent de la grandeur de notre pays. Elles nous insufflent une certaine fierté d’être Français.

Alors, comment réconcilier demain la France des métropoles… et celle des campagnes ? La France des grandes réussites… et celle qui protège les plus fragiles ? La France des start-up… et celle des terroirs ?

Nous avons des valeurs communes mais peut-être les avons-nous un peu oubliées ? Trois me paraissent essentielles.

Trois petits mots que notre regard croise partout sans que pourtant nous n’y prêtions guère attention.

Ils sont sur le fronton de nos mairies, de nos écoles publiques, de nos administrations : liberté, égalité, fraternité.

Plus que jamais, elles sont le terreau de notre République. De notre France, pays des droits de l’Homme.

Liberté.

La liberté de se déplacer en sécurité, la liberté de manifester, la liberté de dire ce que l’on pense, la liberté d’envisager notre avenir comme on l’entend.

Elle a été bien mise à mal ces derniers temps notre liberté : des journalistes pris à partie, des représentants de la Nation menacés, des édifices publics souillés…

Egalité.

L’égalité dans l’accès à l’éducation. L’égalité dans l’accès aux soins.
L’égalité dans l’accès à lajustice.

Ce n’est pas suffisant ? Evidemment. Nous pouvons et nous devons aller plus loin. Bâtir un modèle qui permette que ce ne soit plus la naissance ou la chance qui déterminent toute l’existence d’un individu, mais bien le talent. Mais bien le mérite. Mais bien l’effort.

Ce doit être notre objectif, mais n’oublions pas la chance que nous avons déjà d’avoir cette égalité dans bien des domaines : nous l’oublions beaucoup trop souvent.

Fraternité.

Dernier terme de notre devise. Souvent oublié. Parfois galvaudé. Et pourtant… notre Nation n’est rien sans cette fraternité.

C’est aussi cela dont il est fondamentalement question, ces dernières semaines, sur nos ronds- points. Ces relations créées, ces amitiés nouées… On sort de chez soi, on éteint nos écrans pour partager des moments avec les autres.

Partager… Vous savez, c’est ce qu’on dit aux enfants : « il faut apprendre à partager ». Partager, c’est quand on se rend compte que l’autre a moins que soi et qu’on lui tend la main. Partager, c’est faire attention à l’autre : c’est faire une société qui agit pour que ceux qui ont davantage aident ceux qui ne parviennent pas à s’en sortir seuls.

C’est notre modèle de société.

Pourtant, c’est celui dans lequel de nombreux Français ne se retrouvent plus aujourd’hui. Partager… c’est aussi partager du temps avec l’autre.
C’est recentrer notre société sur les liens entre humains, des liens dont nous avons tous tant besoin et que pourtant, nous avons un peu oubliés dans nos sociétés connectées et souvent… trop pressée.

C’est partager du temps avec nos aînés, ne pas remettre ce coup de fil qu’on doit leur passer depuis des semaines… et qu’ils attendent depuis des mois.

Bizarre de constater que la solitude et l’isolement sont les grands maux de notre siècle à l’heure où un simple clic nous donne l’illusion de communiquer avec le monde entier…

Partager, c’est réussir à s’extraire de ses seuls besoins, de ses seules envies pour construire à plusieurs.

C’est sortir de l’immédiateté pour envisager notre avenir.

Et notre avenir, ce n’est pas par la destruction ni par les violences que nous pourrons le construire.

Si les revendications peuvent être non seulement entendues mais bien plus, pour certaines, comprises, elles doivent s‘exprimer dans le calme et dans le respect de tous.

Or certains, en agissant de manière extrême, remettent en cause les fondements mêmes de notre démocratie. La tradition démocratique de notre pays veut que les Français s’expriment dans les urnes et non dans la rue.

Aujourd’hui, une chance immense pour renforcer notre démocratie est proposée à travers le Grand Débat National. Sur tous nos territoires, de Français se réunissent, se rencontrent, partagent leurs difficultés, leurs visions de notre pays, confrontent leurs priorités, leurs attentes.
Et c’est ici, dans notre circonscription qu’a eu lieu le 1er débat en France, dans le calme, la sérénité, la réflexion et l’analyse.

Tout le monde doit s’inviter dans ces échanges.

On ne peut pas remettre en cause le fonctionnement de notre pays, revendiquer des changements mais refuser de participer à l’élaboration de réflexions et de propositions lorsqu’on vous tend la main. On ne peut pas regretter l’état de notre pays et refuser d’organiser ces débats.

Kennedy disait : « Ne demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous. Demandez ce que vouspouvez faire pour votre pays. »

Alors tous : vous les maires, vous les citoyens : organisez ! Incitez ! Participez ! Proposez !

N’ayez pas peur !

Pour ma part, je serai à vos côtés partout là où vous vous réunirez. Comme j’ai déjà commencé et comme je l’ai toujours fait. Et je peux vous assurer que je porterai vos attentes et bien plus, vos préconisations; je les porterai et, le cas échéant, je m’en inspirerai.

Les échanges auxquels j’ai déjà assisté balaient tous les domaines : de l’urgence écologique à l’organisation des services de l’Etat, du pouvoir d’achat à la déontologie des élus comme des dirigeants, de la participation citoyenne à la justice fiscale, de la dépense publique à la cohésion sociale.

Il faut que chacun puisse s’exprimer. Il faut aussi que ceux qui ne disent rien, les « taiseux », puissent être entendus.

C’est un moment de rencontre entre les Français qui nous est proposé. Un moment de rencontre et de discussion entre des gens issus de toutes classes sociales, de toutes obédiences politiques, de toutes croyances…

En Afrique, dans les villages, c’est au pied de «l’arbre à palabres » que se situe le lieu traditionnel de rassemblement, à l’ombre duquel on s’exprime sur la vie en société, les problèmes du village, la politique…

En France, malheureusement, on a beaucoup perdu cette habitude de se rencontrer dans des lieux physiques et non virtuels, de parler ensemble, de débattre.

Alors je crois sincèrement qu’aujourd’hui, c’est un moment assez unique finalement qui nous est proposé : sachons le saisir !

Nous ne pouvons avoir une société où en permanence les uns s’opposent aux autres, où les manifestants s’opposent aux forces de l’ordre, où les Français s’opposent aux étrangers, où les pauvres s’opposent aux riches, où les salariés s’opposent aux fonctionnaires, où les actifs s’opposent aux retraités…

Trop souvent l’union ne s’exprime que lorsque le cœur même de notre pays est touché. Les attentats nous le rappellent terriblement.

Tous, tous nous sommes alors capables de nous retrouver, bien au-delà de nos différences. Cette fraternité, c’est le terreau de l’avenir denotre pays.

Bien longtemps, nous avons mis à mal ce sentiment patriotique.

Pourtant, aimer notre pays, oui, être fiers d’être Français, ce n’est pas rejeter l’altérité. C’est être conscients de la chance que nous avons de vivre en France. C’est être prêts à s’engager pour elle, de toutes les manières possibles. C’est défendre son modèle, c’est l’améliorer jour après jour. C’est inventer des liens avec les autres pays du monde. C’est rendre la France forte sans pour autant l’isoler.

Nous savons être unis face aux drames. Nous savons être unis dans les victoires. Sachons l’être aussi pour construire ensemble notre avenir commun.

Le Général de Gaulle disait : « Notre pays doit viser haut et se tenir droit. La France ne peut être la France sans la grandeur ».

Je pense que chacun de nous se retrouvera dans ces propos …

A présent, – et avant que je ne vous exprime officiellement mes vœux pour cette année que nous démarrons ensemble, j’aimerais, si vous êtes d’accord, Mesdames et Messieurs les maires, ainsi que Philippe Bernier, mon suppléant, que vous vous leviez pour me rejoindre sur cette estrade qui vous attend et sur laquelle je me sens un peu seule.

Pendant que vous me rejoigniez, je souhaite profiter de ce moment pour faire quelques remerciements.

Merci évidemment à notre hôte, Yves Jeandin, qui nous accueille cette année dans sa belle commune de Lissieu, et ce, dans les meilleures conditions. Merci beaucoup à toi, Yves.

Merci aussi à vous, Mesdames et Messieurs les maires : votre rôle sur nos territoires est chaque jour plus indispensable, tout nous le montre. C’est également pour cela que votre présence à la Métropole en 2020 est pour moi une évidence et que je continuerai de faire ce qui est en mon pouvoir pour défendre cette position. Comme je l’ai toujours fait.

Merci aux forces de l’ordre et aux sapeurs-pompiers qui œuvrent sans relâche.

Merci aux responsables d’associations, aux entrepreneurs, aux commerçants : vous faites vivre notre territoire et vous permettez de créer du lien, en proximité.

Maintenant que je suis très bien entourée, c’est donc le moment d’exprimer mes vœux, mes espoirs pour notre pays.

Notre pays…

Chère France, si belle, si fière, j’ai confiance en toi.

Nous allons parvenir à dépasser notre individualisme, nos égoïsmes, pour te dessiner un horizon commun ; pour que nos revendications personnelles se transforment en intelligence collective.

Nous allons te redessiner, te réinventer.

Nous allons ouvrir ensemble les portes de demain.

Tout comme la photographie qui illustrait l’invitation à la cérémonie des vœux de ce soir, un pont qui relie deux rives opposées, un pont qui réunit ce qui était séparé : je souhaite que 2019 soit le symbole des liens que nous saurons tisser les uns avec les autres.

Je nous souhaite donc, pour cette année, de discuter, sans cesse, de s’écouter, toujours, d’inventer, partout, de se dépasser, ensemble, de savoir attraper les mains qui se tendent, de tendre les nôtres à ceux qui en ont besoin, d’avoir foi en notre avenir, de se donner les moyens de faire toujours plus et toujours mieux.

Je souhaite à chacun d’entre vous que votre année soit pleine d’envies et d’audace, que, chaque jour, vous ayez envie de croquer la vie à pleine dents.

Je souhaite que vous soyez tendrement entourés et que vous preniez le temps de choyer ceux que vous aimez.

Très belle année et heureuse année à chacun d’entre vous !

Vivent la liberté, l’égalité, la fraternité ! Vive la République !

Vive la France !