Faut-il dérembourser l’homéopathie?

Manipulations, sarcasmes et approximations.

Il y a quinze jours j’ai « sondé » deux réseaux sociaux, Twitter et Facebook, sur la question d’un éventuel déremboursement de l’homéopathie (j’y suis opposée, je reviendrai plus loin sur le sujet).

Résultat des votes sans appel : la consultation par le biais des réseaux sociaux est une simple fumisterie (Robert : n.f. Action, chose entièrement dépourvue de sérieux).
Sur Twitter 88% des votants se prononcent pour ne plus rembourser.
Sur Facebook 82% des votants souhaitent que l’on continue à rembourser.

Que faire de ce résultat ? Eh bien c’est simple… rien ! Si ce n’est qu’il me persuade encore un peu plus que ce n’est pas sur les réseaux sociaux que j’arriverai à percevoir l’âme de mes concitoyens, tellement les manipulateurs y ont fait leur lit.

Au-delà des résultats j’ai, bien entendu, lu et relu les commentaires, analysé les méthodes utilisées par les lobbyistes* du collectif #Fakemed pour tenter de systématiquement ridiculiser ceux qui ont le malheur de s’attacher plus à leur expérience, à celle de leurs parents, à celle de leur médecin, qu’aux fumeuses démonstrations de ces quelques activistes qui mènent une guerre contre tout ce qui semble soigner sans entrer dans l’actuel paradigme scientifique (au sens des travaux de Thomas Kuhn).

Haribo, sucre, barres chocolatées… haro sur le placebo

Les militants du déremboursement usent et abusent du sarcasme (Robert : n.m.  ironie, raillerie insultante), notamment sur Twitter où ce type de communication règne en maître.  L’homéopathie y est généralement comparée à des « billes de sucre » sans aucun effet, on demande le remboursement des barres chocolatées ou on m’accuse d’avoir une collusion avec les laboratoires Boiron qui, je le précise puisque le sujet a été évoqué, ne se trouvent pas sur ma circonscription.

Il réduisent systématiquement l’homéopathie à un placebo guère plus efficace qu’un « bisou magique », arguant qu’aucune étude n’avait pu prouver qu’elle ait une action supérieure à celui-ci.

La méta-étude du NHMRC sur 57 méta-études est souvent mise en avant par les détracteurs de l’homéopathie bien qu’à mon sens elle pointe plutôt l’absence d’études sérieuses. Dans ses conclusions, ce rapport indique que l’homéopathie n’aurait aucun effet supérieur au placebo pour 13 problèmes de santé et juge non fiables les protocoles des études ayant montré « certains effets » ou une efficacité pour 22 autres problèmes de santé (à lire : article des décodeurs du Monde).

De la même manière, l’étude « EPI3 » qui a suivi sur un an plusieurs milliers de patients chez 825 médecins généralistes est systématiquement écartée par certains scientifiques du débat sur le déremboursement alors qu’elle démontre une efficacité du traitement.  Pourquoi ? Parce que cette étude ne reste pas « dans les clous » de l’évaluation classique du médicament allopathique.  Elle ne compare pas le médicament homéopathique à son équivalent allopathique ou au placebo, mais l’ensemble de la prise en charge du patient, de la consultation au traitement de l’affection… Car justement la prescription homéopathique est indissociable du déroulé de la consultation. Il ne me semble pas que ce modèle d’évaluation soit pourtant moins vertueux que la classique étude randomisée en double aveugle.

En étudiant et comparant l’ensemble des facteurs qui participent à la guérison, de la prise de rendez-vous au suivi en passant par la consultation, la prescription et la prise du médicament, on remet l’humain au cœur du processus sans limiter l’action curative à la couleur de la gélule et aux molécules qu’elle contient.

Du déremboursement…

Pour bien comprendre ma position et les arguments que j’exposerai un peu plus loin il faut bien comprendre que le débat actuel n’est pas de savoir s’il faut rembourser, ou pas, l’homéopathie. Ni de définir si le médicament homéopathique a, scientifiquement, une action supérieure à l’effet placebo ou à un traitement allopathique des mêmes symptômes.

L’homéopathie est actuellement remboursée. Le seul débat actuel est de savoir si on devrait dérembourser le médicament homéopathique, évaluer le bénéfice et le risque de cet éventuel déremboursement. Et donc passer d’un système où :

  • Actuellement : la consultation d’un médecin homéopathe est remboursée, la prescription est remboursée à 30% avec une franchise médicale de 0,50€ (par exemple, pour un tube d’arnica à 2€, remboursement de 0.45€).
  • Après déremboursement : la consultation est toujours remboursée, la prescription est entièrement à charge du patient et éventuellement des mutuelles.

Pourquoi je ne suis pas favorable au déremboursement…

Au risque de me faire taxer, encore une fois, d’obscurantisme (rappelez vous ma position sur l’extension de l’obligation vaccinale), là où je considère avoir une démarche pragmatique et constructive, je terminerai cet article en listant les points sur lesquels, a minima, j’aimerais avoir des éclaircissements

  • Doit-on considérer qu’un traitement doit être déremboursé s’il ne répond pas à des critères d’évaluation basés sur une comparaison technique avec un placebo (généralement 10% d’effet supérieur au placebo)  ?
  • Un traitement remboursé doit-il être limité à l’évaluation du médicament ? L’ensemble du parcours de soin (consultation + prescription) n’est-il pas un critère d’évaluation tout aussi pertinent ?
  • Que dire des processus de validation des médicaments remboursés au regard des scandales sanitaires qui s’accumulent (Médiator, Dépakine…), alors même que ces derniers étaient passés sous les fameuses fourches caudines des « études scientifiques » – ces dernières peuvent donc autoriser, non seulement le remboursement, mais pire encore : la mise sur le marché de véritables poisons.
  • S’il est un consensus sur l’homéopathie, c’est qu’elle ne présente aucun effet secondaire. En cas de déremboursement, ne risquons-nous pas une augmentation de traitements présentant des risques pour le traitement d’affections bénignes, notamment pour les patients  pris en charge par la CMU ?
  • Le déremboursement de l’homéopathie ne risque-t-il pas d’augmenter le panier de soins remboursés, avec un report des traitements sur des médicaments plus onéreux pour la Sécurité sociale (et plus lourds en termes d’effets secondaires) ?
  • Si l’on considère que l’homéopathie n’agit que par l’effet placebo, quelle alternative (quel autre placebo) pourra obtenir un résultat équivalent et aussi peu coûteux ? Ou les médecins n’auront-ils comme seule alternative de prescrire des médicaments actifs ?
  • Doit-on faire fi de l’expérience individuelle ? Le témoignage de millions de patients qui affirment avoir été guéris ou réconfortés par des traitements homéopathiques doit-il être balayé sous prétexte d’une absence de preuve scientifique ?

Pour conclure, je considère donc que, si le législateur n’est pas compétent pour décider du remboursement ou non de tel ou tel médicament (c’est en effet à la Sécurité sociale de le faire), c’est cependant bien le Parlement qui décide du financement de la Sécurité sociale (Projet de loi de financement de la sécurité sociale,  les fameux« PLFSS » votés chaque année à l’automne pour l’année suivante), et je considère qu’il a un droit de regard sur l’utilisation de ces financements.

En outre, si les autorités de santé doivent naturellement rendre un avis selon des critères scientifiques qui sont les leurs, les responsables politiques (au premier chef desquels, le Ministre de la Santé), quant à eux, doivent écouter les Français et rendre un avis… politique !


*Lobbyiste n’est ni un gros mot, ni une insulte, l’activité de ce collectif répond à l’exacte définition du CIDJ :